Culture du sport et sport pour tous

Culture du sport et sport pour tous

Rédigé le 13/07/2019
Wallerand Moullé-Berteaux

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De Sophie Asch.


Aux États-Unis, le sport véhicule des valeurs en continuité avec celle de sa société. La culture sportive est une des structures fondamentales de ce pays qui s’articule autour de la fierté nationale, de la compétitivité et de l’héroïsation. Le sport fait partie de tous les moments de la vie en s’apparentant à une religion, la vie sociale se structure autour du sport, à l’aide des si convoitées bourses universitaires sportives, le rêve américain est véhiculé. La NCAA (National Collegiate Athletic Association) est la plus grande organisation sportive du monde, le sport universitaire rivalise même en popularité avec le sport professionnel. Il crée un engouement de fierté locale et nationale digne de remplacer nos bonnes vieilles guerres patriotiques et ainsi le sport devient une composante primordiale, créant consensus et discorde, élans patriotiques et héros pour servir une population profondément divisée et en recherche de concorde.

Le football (« soccer ») est aux USA un sport dominé par les femmes, avec la plus haute adhésion de femmes en club au monde (400 à 500 équipes de femmes de 18 à 22 ans) mais aussi par leur hégémonie en matière de trophées, aux USA, les femmes dépassent de loin leurs homologues masculins, elles ont remporté quatre coupes du monde depuis que la FIFA se charge de l’organisation de la coupe (1991), donc quatre coupes sur huit ! La National Women’s Soccer League (NWSL) bat depuis cinq ans son record de fréquentation qui augmente d’année en année. L’engouement remarquable des supporteurs américains à l’étranger notamment pour la coupe du monde 2019 a d’ailleurs d’abord étonné pendant cette compétition, il semblait pourtant naturel pour des milliers de personnes de faire le voyage pour soutenir leur équipe nationale. 

Aux USA, la force unificatrice se construit autour de plusieurs sports fondateurs traditionnels comme le football américain, le baseball, le basket-ball ou encore le hockey (les ligues NFL, MLB, NBA, et NHL sont les quatre ligues les plus lucratives du pays, voir, du monde), ce sont des sports essentiellement masculins, les femmes étant, surtout dans les milieux des High school, college et Universities des cheerleaders, « réduites » à cette pratique sportive sexualisée ayant pour seul objectif d’attirer les supporteurs et de créer une attention particulière vis-à-vis des joueurs… 

Le développement du football (« soccer ») féminin pourtant s’est fait avec un autre état d’esprit et plus rapidement aux USA qu’en Europe. Il a pu se développer avec moins d’apriori qu’en Europe tout simplement car il n’est pas un des sports traditionnels de la nation américaine au sein desquels il est particulièrement difficile pour les femmes de se faire une place. En Europe, le football à toujours était le sport traditionnel dominant, essentiellement masculin et populaire. Il a été difficile pour les femmes d’y participer car il est ancré dans les mentalités comme un sport masculin, au même titre que le football américain ou le baseball aux USA. La féminisation du sport est pour cela un enjeu principal dans des tournois aussi médiatisés que la coupe du monde féminine de football. En 30 ans c’est la première fois qu’elle est autant médiatisée en France par exemple.

Ce ne sont pas que les aptitudes physiques qui ont différencié les joueuses américaines des autres équipes  pendant la coupe du monde 2019 mais aussi le mental très fort, produit de la culture sportive américaine qui engendre dès le plus jeune âge un engouement très fort. Il n’a pas été simple et elles le disent elles-mêmes,  de gagner car les équipes européennes émergent et sont de plus en plus nombreuses à être des adversaires coriaces. Les joueuses de l’équipe nationale américaines qui se sont rendues, aux yeux de beaucoup, détestables par leur comportement un peu trop confiant (perçu comme arrogant parfois) se sont pourtant battues, parfois avec peu de fair-play, non seulement pour la coupe mais pour des causes, car le foot féminin c’est aussi ça.

Féministe, lesbienne, bisexuelle, anti-Trump, antiraciste, pro-IVG (Argentine), fière représentante de leur pays où la pratique du foot féminin n’est pas toujours normalisée (Brésil, etc.); joueuses, supportrices, supporteurs ont mené des combats allant au-delà de la compétition et c’est ce qui différencie profondément le sport professionnel féminin du masculin. Plusieurs moments ont été très fort, mis à part de multiples statements de la part de Megan Rapinoe n’oublions pas celui de Marta Da Silva qui, s’adressant aux jeunes femmes de son pays, ordonna de valoriser le football féminin car sinon, dans une société dans laquelle les libertés disparaissent petit à petit, cette pratique sportive va disparaître également. Tant de luttes personnelles  à visée internationale ont été portées plus ou moins discrètement par diverses et nombreuses joueuses durant cette compétition passionnante. Le sport féminin normalisé c’est aussi le résultat d’une lutte bicentenaire pour une pratique sportive ouverte à tous. Trente-neuf joueuses dans le monde ont fait leur coming out (les hommes sont pour l’instant seulement deux à l’avoir fait), mais il reste beaucoup à faire, beaucoup de combats restent à mener ; celui de la représentation des personnes transgenres ou non-binaires dans le sport, les problèmes d’agressions sexuelles restent encore à combattre, les aides aux sportives comme celle de l’Afghanistan sont à amplifier. Le combat contre le racisme dans le sport (rappelons la polémique de 2018 concernant le fichage ethnique dans des clubs de football professionnels français), celui des financements des clubs de foot et in fine celui de l’impact écologique et social qui reste, malgré l’héritage important et positif que peut laisser la coupe du monde féminine 2019, encore à travailler, au quotidien. C’est sur le long terme, dans les mentalités que les choses doivent changer pour qu’un jour le sport soit ouvert partout à tous et le chemin est encore très long. Ce ne sont pas que les associations antifascistes qui peuvent mener seules ce combat, tout le monde peut y contribuer.

L’ambiance était un enjeu prioritaire pour cette compétition et les résultats sont allés au-delà des objectifs en atteignant 74% des taux de remplissage. L’héritage et l’impact de cette coupe du monde se voient déjà dans l’engouement populaire qu’il a suscité d’une part, mais, dans un second temps, il va s’observer à l’avenir avec une normalisation de la pratique sportive féminine et peut-être même une valorisation qui se traduirait par de meilleurs salaires (article de Charles Boisson, Coupe du monde féminine de football : entre euphorie et inégalités). L’héritage de cette coupe du monde féminine va avoir beaucoup d’effet dans les prochaines années et déjà, la procédure de déblocage de budgets pour la création de sections féminines dans les clubs français est lancée. 


Voir les articles de Sophie.

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Coupe du monde féminine de football : entre euphorie et inégalités de Charles Boisson

Civisme doit-il rimer avec conformisme ? de Sophie Asch


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