Seul sur terre, seuls sur Terre

Seul sur terre, seuls sur Terre

Rédigé le 10/06/2019
Wallerand Moullé-Berteaux

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De Jules Stimpfling.


C'est un regard de passionné que je porte sur le tennis, le regard de quelqu'un qui le pratique depuis qu'il va à l'école, pour qui il est le premier des amours et celui vers qui toujours il reviendra. Mais nul n'a besoin d'être passionné de tennis pour reconnaître l'incommensurable exploit que vient d'accomplir Rafael Nadal en ce 8 juin 2019 : remporter pour la douzième fois Roland-Garros, l'un des quatre Grands Chelems, les plus prestigieux tournois du monde. 12 titres en quinze participations. 93 victoires pour seulement deux défaites et un abandon sur blessure. Depuis 2005, Nadal terrorise et terrasse tous les tennismen sur la terre rouge de la Porte d'Auteuil. Une statistique inégalée dans l'histoire du sport.

En remportant aujourd'hui son 12e Roland-Garros, Rafael Nadal accroche à son tableau de chasse un dix-huitième trophée en Grand Chelem (12 à Roland, 2 à Wimbledon, 1 à l'Open d'Australie et 3 à l'US Open). A 33 ans, il se rapproche du record détenu par Roger Federer, 20 victoires en Grand Chelem à son actif (8 à Wimbledon, 6 à l'Open d'Australie, 5 à l'US Open, 1 à Roland), qui a largement enterré l'ancien record de 14 titres. Et il ne fait nul doute selon moi que "Rafa" dépassera le record de Federer en s'adjugeant encore quelques titres dans les années à venir, ne serait-ce qu'en gagnant encore chaque édition de Roland-Garros pendant trois ou quatre années. Mais encore plus fort, un troisième champion talonne ces deux légendes : le Serbe Novak Djokovic, qui totalise déjà 15 victoires en Grand Chelem à son compteur (7 Open d'Australie, 3 US Open, 4 Wimbledon, 1 Roland), à seulement 32 ans. Numéro 1 mondial quasiment sans discontinuer depuis 2011, seul joueur ayant un nombre de victoires positif contre tous ses rivaux, y compris Nadal et Federer, auteur d'un "Grand Chelem" (remporter les quatre tournois du Grand Chelem d'affilée) sur deux années en 2015-2016, "Djoko" est un troisième cas pour lequel les superlatifs manquent. C'est même lui qui sera selon moi le détenteur du record du nombre de titres en Grand Chelem à la fin de sa carrière.

Aussi l'exploit surhumain de Rafael Nadal, digne à lui seul d'impressionner tout un chacun, est à inscrire dans le contexte plus large des quinze dernières années, où le monde du tennis connaît une période d'exception historique. Il est des sports comme le judo, où un Teddy Riner sans rival bat tous les autres à plate couture et sans répit depuis des années ; il est des disciplines comme l'athlétisme, où un Usain Bolt surclasse systématiquement ses adversaires ; il est des sports tel le football, où même deux joueurs hors pair, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, concourent au titre de GOAT ("Greatest Of All Time") en alternant depuis quinze ans les performances hors normes sans être départagés sinon par leurs communautés de fans respectives. Néanmoins, et bien que je ne sois pas un connaisseur de tous les sports en vogue dans le monde, je doute qu'il existe un seul autre exemple de sport qui voit réunis en activité sur le circuit au même moment les trois meilleurs joueurs de tous les temps. C'est le cas du tennis.

Le monde tennistique a longtemps parlé du Big Four, incluant Andy Murray dans le cercle restreint des légendes, car à eux quatre ils ont monopolisé la place de numéro 1 mondial de 2005 à 2013 et remporté sur cette même période tous les tournois du Grand Chelem sauf un. Mais Andy Murray ne restera pas dans les mémoires et l'histoire tennistiques autant que Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. A trente ans passés, ils continuent d'écrabouiller tous leurs challengers de la "next gen" et de battre leurs propres records. Un coup d'oeil aux pages Wikipédia de chacun de ces trois champions, qui étalent leur collection de statistiques affolantes, prouve l'étendue de leur domination. Ils sont d'une autre échelle, presque sur une autre planète.

Les affrontements entre ces béhémoths sont si spécifiques que des expressions particulières sont créées pour les illustrer (par exemple "Fedal" pour un match opposant Federer à Nadal). Les émotions qu'ils procurent ont un goût particulier. Car le tennis est de manière générale un sport où la lutte est acharnée, le triomphe humble et le respect de l'adversaire défait immense : mais il y a encore plus de saveur dans les batailles de titans que se livrent depuis quinze ans ces trois légendes et le respect immense qui les lie. Le dernier carré de cette édition de Roland Garros 2019 en fut un énième exemple. Alors certes, c'est un intrus dans ce trio épique qui a été opposé au roi de la terre battue aujourd'hui : le numéro 4 mondial, l'Autrichien Dominic Thiem. Mais enfin, dans un dernier carré, il faut bien un quatrième joueur pour compléter ces trois légendes. Thiem n'a pas démérité, il aura même su s'imposer contre le "Djoker" pour rejoindre Nadal en finale, où il proposa une prestation solide. Mais que faire contre le maître Rafa ? Thiem fut effacé en trois petites heures. Un jour peut-être son heure viendra. En attendant, que dure encore un peu l'ère des légendes !


Cet éloge que je fais à Roger, Rafa et Djoko ne doit servir qu'à deux choses : reconnaître ce qui leur est dû, et amener le lecteur qui n'en serait pas encore conscient à réaliser la période inouïe que vit le tennis et le sport en général avec ces trois-là. 

Admirez-les, ils sont grands. Nous aurons vécu pour les voir.

 

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