L’Ombre de Staline, un film d’Agnieszka Holland.

L’Ombre de Staline, un film d’Agnieszka Holland.

Rédigé le 03/07/2020


Article écrit par Marie-Anne Peyrat.


Pour fêter la réouverture des cinémas, je vous propose cette semaine une critique d’un film en tête d’affiche : L’Ombre de Staline, un film polono-britannico-ukrainien réalisé par Agnieszka Holland. 



Loin d’être léger, le film s’inspire de la famine ukrainienne de l’Holodomor de 1932 et 1933 pour raconter l’histoire du journaliste gallois Gareth Jones qu’on pourrait aujourd’hui qualifier de « lanceur d’alertes ». Après son interview de Hitler qui lui a permis de se faire un nom, le journaliste n’a qu’une idée en tête : interviewer cette fois le leader d’une URSS en expansion. Mais cette entreprise va l’amener à découvrir la famine intentionnellement provoquée en Ukraine par le Parti et dont il va s’efforcer de dénoncer l’existence. 

Ce film a l’ambition de dresser le portrait de l’URSS de Staline des années 1930, une puissance qui ne cesse de vouloir montrer sa prétendue supériorité industrielle, économique et sociale mais dont le financement est un véritable point d’interrogation. Les enjeux soulevés du film ne sont donc pas des moindres et malgré tout ils sont traités d’une manière complètement superficielle. On a l’impression d’avancer dans un mauvais film d’espionnage  à petit budget.



La découverte de la famine passe par des scènes interminables où le spectateur est prié d’être sidéré de façon crescendo à l’image du journaliste. Or les scènes s’enchaînent mais ne se complètent pas de façon linéaire. Un coup on a le droit à une scène où le journaliste met cinq minutes à manger son oranges entouré d’une vingtaines de paysans morts de faim, un autre il est à table avec trois enfants et il se rend compte qu’il est en train de manger le corps d’un autre enfant pour le coup littéralement mort de faim. On a l’impression que l’objectif n’est pas tant de faire découvrir la famine qui sévit mais plutôt de l’utiliser pour mettre un valeur un journaliste humain, compatissant, courageux mais terriblement naïf qui n’a de cesse d’être surpris. Mais la carte de la surprise et de l’épouvantement ne marche qu’une fois, or elle nous l’est servie à toutes sauces et finit par faire de ce film un long-métrage interminable.

Gareth Jones est dépeint comme un journaliste téméraire qui ne lâche rien et dont le seul but est de montrer au monde que l’URSS affame son peuple, mais il ne va pas au fond des choses :  A quoi est due la famine? Est-elle purement volontaire dans un but d’extermination ?  Est-elle la conséquence d’une politique industrielle désastreuse?



Finalement on ne sait pas trop quoi penser de ce film qui à première vue semble prendre à bras le corps les problématiques issues de la collectivisation et la dékoulakisation en URSS mais qui très vite tombe dans le pathos et dans le dessin du seul portrait d’un journaliste complètement désillusionné voire un peu simple. 

Le film n’est pas du tout à la hauteur du sujet historique qu’il prétend traiter.


Vous en reprendrez un peu ?

Rejoignez nous sur les réseaux sociaux : 

► Facebook ► Instagram ► Twitter ► YouTube