Google et Apple : combattre le virus avec une API ?

Google et Apple : combattre le virus avec une API ?

Rédigé le 23/04/2020


De Carlos Escapa.


Le 10 avril, Google et Apple annonçaient une collaboration visant à faire face au Covid-19 par le traçage des téléphones servant à informer les potentiels contacts avec le virus.

Voir l'annonce d'Apple.

Apple et Google ont lancé une collaboration qui vise à faciliter le dépistage des contacts (contact tracing) du Covid19, et à le faire indistinctement sur iPhone et Android. Nous n'avons pas l'habitude de voir de tels poids lourds faire une annonce en commun, en particulier lorsqu'ils annoncent l'interopérabilité entre leurs plates-formes mobiles. Il est logique qu'ils ont généré un énorme intérêt avec un fort impact médiatique. Cependant, l'initiative est loin de répondre aux besoins sociaux pour contrôler la propagation du virus. Voyons les détails.

La collaboration propose une série d'API (application program interfaces) pour les téléphones mobiles qui seraient mises à disposition en deux versions. La première est prévue pour mai et la seconde dans les prochains mois, sans donner de date exacte. Les deux nécessitent le consentement préalable de l'utilisateur pour transmettre ses données, et Google et Apple promettent de garantir la confidentialité des utilisateurs dont l'identité et la position ne seront jamais révélées.

L'objectif est que les utilisateurs puissent savoir s'ils ont été physiquement proches de personnes ayant contracté, ou qui contracteront le Covid-19 dans les jours qui suivent. Une telle éventualité générerait une alerte, qui invitera l’utilisateur sain à faire un test sérologique pour vérifier qu'il n'a pas été infecté. La mise en œuvre de ces deux phases emprunte deux voies très différentes. 


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Dans la version 1, l'API permet le développement d'applications mobiles qui se connecteraient à des serveurs centraux, gérés par des entités compétentes, où il sera calculé les distances entre personnes infectées et personnes en bonne santé. Le calcul de la distance serait fait par GPS, et une proximité avérée contagieuse serait communiquée à la personne concernée. L'ampleur de cette infrastructure, qui compterait des dizaines ou centaines de millions d'utilisateurs selon les cas, nécessite un savoir-faire que peu de gouvernements possèdent, et qui n'est pas facile à trouver. Les ressources colossales de réseau, stockage et calcul avec l'élasticité requise pourraient être données par Google, Microsoft, Amazon ou Alibaba, mais la difficulté serait de gérer la maintenance et d'assurer la sécurité et le service des applications 24/7.

La version 2 est plus réaliste, car elle serait basée sur un “peer to peer” sans serveurs centraux. La proximité et la possibilité de contagion seraient déterminées dans les téléphones portables. Cependant, en s'appuyant sur la technologie Bluetooth, cela pourrait facilement générer des scénarios d'alerte non fondés que ni Apple ni Google ont expliqué. Par exemple, une connexion Bluetooth entre deux téléphones dans deux voitures s'arrêtant en même temps à un feu rouge, ou deux personnes dans leurs foyers séparées par un mur, générerait une alerte de transmission si une des deux personnes est (ou devient) infectée. On peut imaginer le degré d'anxiété que ces alertes pourraient générer, sans donner un contexte temporel ou géographique.

En dehors de ces facteurs, il convient de noter qu'au moins dans le cas d'Android, il s'agit d'une plate-forme très fragmentée avec de nombreuses versions et de nombreux fournisseurs qui ont chacun des processus différents de mise à jour pour leurs clients, avec une grande base installée héritée ainsi qu'avec des millions d'appareils non supportés. En plus, pour que cette solution fonctionne, elle nécessite un très haut degré de consentement et de participation de la population, au minimum 60%, et que les gens signalent volontairement à leur téléphone qu'ils ont contracté la maladie. 

Google et Apple n'expliquent pas ce qui les amène à penser qu'ils ont la confiance d'un nombre suffisant de leurs clients ou des gouvernements pour utiliser leurs API et leur sécurité. On ne peut pas affirmer que ces grands acteurs d'internet n'ont pas de bonnes intentions, mais il est clair que le design thinking d’Apple n’a pas été au rendez-vous. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une infrastructure mondiale pour le dépistage rapide des infections qui permettra aux citoyens de se faire tester sérologiquement vite et fréquemment. Lorsque nous aurons cela, nous pourrons voir si les applications mobiles peuvent être utiles pour le contact tracing. Personnellement, je ne pense même pas que les téléphones seront le dispositif approprié, et que la solution ira plutôt vers des bracelets unifonctionnels. Pour le moment, mon message est "thank you but no thank you" à Google et Apple.


Vous en reprendrez un peu ?

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